dimanche 14 août 2016

L’étonnante histoire philatélique des Moluques du Sud



Voilà que je découvre dans un lot quelques timbres « Republik Maluku Selatan ». Google me dis rapidement qu’il s’agit des Moluques du sud, par contre, rien dans Yvert.

J’ai posé la question sur le forum de Delcampe, parmi les réponses une m’a dirigé vers l’article parus en 2015 dans le revue Philatec. Article de M.André Defresne, très bien détaillé et documenté, je vous en fait pars, sans y changer grand-chose.
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Le  Catalogue Scott, la bible des philatélistes nord-américains, n’a que ceci à dire des timbres de la République des Moluques du Sud [traduction de l’auteur] : «  Il apparait que les timbres de la soit-disant République des Moluques du Sud ont été émis privativement et n’ont pas eu d’usage postal.  Conséquemment, ils ne sont pas reconnus comme timbres-poste. »

Le cercueil est fermé, et les timbres des Moluques du Sud sont à jamais condamnés sans appel auprès des philatélistes nord-américains.  À ce titre, ils joignent les rangs du Sud-Kasaï, de Redonda, de l’Ordre de Malte, du Nagorno-Karabakh, et de tant d’autres pays ignorés par le Catalogue Scott. Pourtant...  leur histoire est fascinante, l’épopée dont ils sont les témoins mérite d’être révélée et certains d’entre eux ont connu un usage postal tout à fait légitime.

Le  Catalogue Stanley Gibbons  l’a reconnu puisqu’on y trouve sous la rubrique « Indonésie », un chapitre consacré aux timbres-poste des Moluques du Sud. On y décrit 17 timbres-poste avec les explications suivantes [traduction de l’auteur]: «  Tôt en 1950, les Moluques du Sud, partie de l’État de l’Indonésie Orientale, se sont révoltés contre les tentatives pour les contraindre à se joindre à un état unitaire.  Le 25 avril 1950 fut proclamée l’indépendance de la République des Moluques du Sud (en indonésien, Republik Maluku Selatan), et les timbres suivants furent émis.  Ils ont été utilisés postalement à Amboine et Saparoea. Amboine fut conquise par les troupes indonésiennes le 3 novembre 1950, mais la résistance continua sur les autres îles, en particulier sur Céram, jusqu’en 1955. Quelques émissions de timbres thématiques, portant l’inscription « Republik Maluku Selatan », sont apparues sur le marché américain entre 1951 et 1954. Il n’existe pas de preuve qu’ils ont été vendus aux Moluques du Sud, et ils semblent avoir été motivés en partie par des fins de propagande, et en partie par l’appât du gain. »
Voilà déjà une position plus nuancée. Qu’en est-il réellement?
 
L’histoire des Moluques du Sud est indissociable de celle de l’Indonésie, dont elles font partie.
L’Indonésie a beaucoup souffert sous l’occupation japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale.  Colonie hollandaise connue sous le nom d’Indes Néerlandaises (le Catalogue Yvert l’écrit au singulier : l’Inde Néerlandaise), cet archipel réclama son indépendance des Pays-Bas lors de la libération en 1945. Ce n’est qu’en 1949 que son indépendance fut reconnue par la métropole et le pays prit le nom d’Indonésie. État fédéral composé de la République d’Indonésie (îles de Java et de Sumatra), et de 15 états autonomes créés par les Néerlandais, l’Indonésie se transforma en mai 1950 en état unitaire, à majorité musulmane.

Les Moluques du Sud, situées loin à l’est et majoritairement chrétiennes, refusèrent d’être intégrées à une Indonésie centralisatrice et musulmane et proclamèrent leur indépendance le 25 avril 1950. Composées d’environ 300 îles, d’une superficie totale de 83.675 kilomètres carrés, elles comptaient en 1951 un million et demi d’habitants en majorité chrétiens.
On appelait anciennement les Moluques les « Îles des Épices ».
L’histoire des timbres-poste spécifiques aux Moluques du Sud se divise en 5 périodes.

Première période : occupation japonaise 1942-1945
Les premiers timbres spécifiques pour l’archipel des Moluques furent émis par l’occupant japonais entre 1942 et 1945. Ils consistent tous en timbres des Indes Néerlandaises surchargés de trois caractères japonais et d’une ancre. 

En tout, 113 timbres ont été surchargés spécifiquement pour Amboine, la capitale des Moluques du Sud, et 169 autres ont été émis pour les petites Îles de la Sonde, dont font partie les Moluques.
Des entiers postaux ont aussi été surchargés. Celui illustré cote 35 000$ !
C’est là un champ d’études très spécialisé et un véritable défi pour un collectionneur. Ces timbres sont mentionnés, mais non répertoriés dans le Catalogue Scott, sous « Indonésie », après le numéro O27a. Des surcharges similaires ont été émises par les forces d’occupation japonaises dans d’autres parties de l’archipel indonésien; aussi faut-il se rabattre sur des catalogues spécialisés pour les reconnaître et les distinguer les unes des autres.

Après la victoire contre le Japon en 1945, la résistance indonésienne proclama l’indépendance de l’archipel sous le nom de République d’Indonésie, mais les Pays-Bas refusèrent de la reconnaître. Comme indiqué plus haut, ce n’est que le 27 décembre 1949, sous les pressions internationales, que l’indépendance de l’Indonésie fut enfin reconnue par les Pays-Bas. Déjà entre le 17 août 1945 et le 27 décembre 1949, de nombreuses parties de l’Indonésie étaient passées sous le contrôle des rebelles indonésiens et des timbres-poste locaux y avaient été émis.

Deuxième période : l’indépendance de la République des Moluques du Sud, 1950
À l’origine, l’Indonésie devait être une fédération de régions autonomes, mais dès la proclamation de la république, les forces centralisatrices prirent le contrôle de l’archipel.
Le 25 avril 1950, d’ex-militaires démobilisés de l’armée royale néerlandaise ainsi que des Moluquois restés loyaux aux Pays-Bas se révoltèrent contre l’intégration forcée des Moluques à la nouvelle République d’Indonésie et ils proclamèrent l’indépendance de la République des Moluques du Sud (« RMS »).
Les îles principales composant la RMS étaient Céram, Amboine et Buru. Les autorités de la RMS firent alors surcharger à Amboine la série courante des Indes Néerlandaises libellée « Indonesia » (Scott 307-330) et le premier timbre de la République d’Indonésie qui montre un drapeau (Scott 333), soit 24 timbres en tout, des mots « Republik Maluku Selatan » et de deux barres pour masquer le nom d’origine. Le 25 sen existe en deux dentelures (12 ½ et 11 ½) et les deux hautes valeurs, 10 et 25 roupies, ont été imprimées, mais n’ont pas été émises. Les autres timbres furent tous utilisés postalement et les oblitérations connues vont du 1 août 1950 au 23 octobre 1950.
On sait de façon sûre que le gouvernement de la RMS contrôlait les bureaux de poste d’Amboine, Saparua, Amahai, Bandaneira, Bula, Dobo, Geser Namlea, Piru, Tual et Wahai, soit en tout 10 bureaux. Rapidement, le gouvernement central indonésien envoya l’armée combattre les rebelles et en novembre 1950, les forces moluquoises étaient vaincues par l’armée indonésienne, bien que la rébellion se poursuivît à l’intérieur de Céram jusqu’en décembre 1963.
Le gouvernement indonésien a interdit la possession et la vente des timbres surchargés « Republik Maluku Selatan », de sorte que peu d’exemplaires ont survécu. Aucun catalogue indonésien ne peut mentionner les timbres des Moluques du Sud. Dans un communiqué envoyé en 1954 en réponse à  l’American Stamp Dealers Association, le gouvernement indonésien a prétendu que [traduction de l’auteur] : «  il n’y a eu à aucun moment aucune administration postale où que ce soit en Indonésie, fonctionnant sous le nom de Republik Maluku Selatan. Aucun bureau de poste à Amboine, ou à quelque autre endroit dans les Moluques, n’a été exploité ou contrôlé par le soi-disant gouvernement des Moluques du Sud  ». Selon V. Esbensen, un philatéliste torontois écrivant dans le  Canadian Stamp News  le 31 octobre 1977, [traduction de l’auteur] «  Ces mensonges de la part du gouvernement indonésien faisaient partie d’une stratégie visant à détruire toute preuve de l’existence d’un service postal des Moluques du Sud. Vis-à-vis des collectionneurs étrangers, le gouvernement indonésien devait s’en tenir à ces mensonges, mais à l’intérieur de l’Indonésie, des mesures strictes furent mises en œuvre. Les bureaux de poste à l’extérieur des Moluques ont reçu l’ordre de brûler tout courrier affranchi avec des timbres des Moluques du Sud. Quand l’armée indonésienne capturait des villes sud-moluquoises, elle détruisait tous les timbres qu’elle pouvait trouver et durant plusieurs années, il fut interdit et dangereux de détenir en Indonésie des timbres des Moluques du Sud.  »  L’ordre de destruction du courrier affranchi de timbres-poste sud-Moluquois a d’ailleurs été confirmé par l’ancien maître de poste de Macassar, qui aurait reçu un tel ordre en 1952.

Comment donc quelques timbres ont-ils pu survivre pour se retrouver dans nos collections ?
Un service très populaire de la poste indonésienne consiste en l’envoi de petites sommes d’argent au  moyen de mandats-poste pour lesquels la somme à payer est acquittée en timbres qui sont apposés sur le mandat-poste. Lorsque le bénéficiaire encaisse son paiement au bureau de poste, ce dernier transmet le mandat à Bandung où il est conservé dans les archives postales pendant 5 ans. C’est la découverte fortuite de ces mandats au moment de leur destruction prévue en 1956 qui a permis aux collectionneurs d’aujourd’hui d’avoir quelques exemplaires de ces timbres utilisés postalement.
Et c’est au moment de leur destruction que certains employés des postes en ont vendu à des collectionneurs. Il existe donc, pour certaines basses valeurs, quelques centaines d’exemplaires connus; pour les valeurs en roupies, la quantité varie de 8 à 30 copies connues. 
On estime qu’environ 150 fragments de mandats-poste ont été vendus illégalement avec des timbres des Moluques du Sud, au lieu d’être détruits. Leur rareté et leur valeur élevée font que de nombreux faux existent, mais la plupart sont faciles à identifier.
La défaite entraîna la fuite du gouvernement sud-moluquois qui trouva refuge aux Pays-Bas et y proclama le Gouvernement en exil de la République des Moluques du Sud en 1951.
Plus de 12.000 soldats sud-moluquois démobilisés et leurs familles se sont réfugiés aux Pays-Bas à la même époque. Ils sont aujourd’hui 40 000 avec leurs descendants.

Troisième période : timbres d’origine inconnue, 1950

Une série de trois timbres fut produite vers 1950 montrant une carte des trois principales îles, Amboine, Buru et Céram. Curieusement, le pays y est identifié sous le nom de Repoeblik Maloekoe Selatan, ce qui correspond à l’ancienne orthographe utilisée jusqu’à la fin de 1948.
On ignore tout des circonstances entourant cette émission et elle est très rare.
Elle existe dentelée et non dentelée. Il pourrait s’agir de timbres préparés à la demande du gouvernement sud-moluquois, mais non émis en raison de l’invasion indonésienne.

Quatrième période : timbres de propagande émis par  «The Information Office of the South Moluccas Republic», 1951-1954
En 1951, les publications philatéliques américaines commencèrent à recevoir des communiqués signés par Karel J. V. Nikijuluw, se disant «  chairman  » de la délégation sud-moluquoise aux     États-Unis, pour annoncer l’émission de timbres par la République des Moluques du Sud.              Nikijuluw avait ouvert à New York le Bureau d’information de la République des Moluques du Sud,
«  The Information Office of the South Moluccas Republic  », d’abord au 130 Est, 39 Rue, puis au 310 Est, 44 Rue.
Il existe une possibilité que la série de trois timbres mentionnée ci-dessus ait été commandée par Nikijuluw, mais comme il ne l’a jamais offerte en vente, cette hypothèse me semble peu plausible. Ce qui est certain, c’est que le Bureau d’information de la République des Moluques du Sud est responsable de l’émission des séries de timbres qui suivirent entre 1951 et 1954.
























Début janvier 1951 fut émise une série de 5 timbres de petit format montrant un postier moluquois, pour commémorer un an de service postal en République des Moluques du Sud et le 50e anniversaire de la fondation de l’Union Postale Universelle. Les 4 basses valeurs de 4, 10, 25 et 50 sen furent émises d’abord et vendues au prix de 25 cents américains la série de 4, puis la valeur de 1 roupie fut ajoutée par la suite.
Cette valeur est la plus rare de la série.
Certains de ces timbres ont été vus sur pli philatélique.
Ils existent aussi avec des oblitérations légitimes, mais de complaisance d’Ahiolo (17 mai 1951), Malilia (10 mai 1951) et de Roemberoe (25 mai 1951). Certains auteurs (par exemple : John Jeffries dans  Netherlands Philately, 1998 vol. 22 no. 3, page 52) ont prétendu qu’il n’existe aucun endroit aux Moluques du Sud appelé Roemberoe et que par conséquent, cette oblitération est fausse.
J’ai pourtant trouvé un article dans le journal  Nieuws van den Dag voor Nederlandsche Indië  du 19 septembre 1905, page 2, qui situe Roemberoe dans le cadre d’opérations militaires de l’armée néerlandaise : un extrait de ce texte se traduit comme suit [traduction par Agnès Boonefaes]: «  À partir de là, il faudra poursuivre l’action. Selon le plan du commandant de la colonne, toute la colonne partira de Waisemoe, une localité côtière au nord-ouest de Kairatoe, vers Roemberoe pour, de cet endroit, agir contre Honitetoe  ». Cela situe Roemberoe dans la partie ouest de Céram, Kairatoe et Honitetoe, à une quinzaine de kilomètres de la mer et exactement dans le même secteur que Malilia et Ahiolo. On écrit maintenant Rumberu. Un article publié dans le magazine américain  Stamps  du 18 août 1951 sous la plume de Karel J. V. Nikijuluw, accompagné de la photographie partielle d’un pli oblitéré à Roemberoe le 25 mai 1951 laisse entendre (sans le dire clairement) que ces timbres auraient servi aux Moluques du Sud. Selon un autre communiqué de Nikijuluw publié le 24 novembre 1951 dans le même magazine, trois autres timbres dentelés et non dentelés commémorant l’Union Postale Universelle  ont aussi été émis comme faisant partie de cette série.
Le timbre orange de la série fut surchargé privément en 1962 en Belgique par la Communauté européenne des courriers aériens.


Puis vers 1975 (aux Pays-Bas ?) avec les mots « Proklamasi Kemerdekaan 1950-1975 » pour souligner les 50 ans de la proclamation de l'indépendance,
Ensuite aux États-Unis en 1989 pour le congrès de l’U.P.U. tenu à l’occasion de l’Exposition philatélique mondiale à Washington.
Dans les trois cas, il s’agit d’initiatives privées qui n’ont rien à voir avec les Moluques du Sud.

C’est à la firme de J. & H. Stolow de New York que Nikijuluw a confié l’impression et la mise en marché des timbres émis entre 1951 et 1954 pour le Bureau d’information de la République des Moluques du Sud. Curieusement, c’est la même firme qui détenait le contrat pour émettre à la même époque les timbres d’Indonésie, ennemie jurée des Moluques ! Stolow confia l’impression à l’Imprimerie d’État d’Autriche (Österreichische Staatsdruckerei GmbH,  qui imprimait déjà les timbres d’Indonésie pour Stolow) ce qui explique la qualité de leur impression. Pourtant, aucun de ces timbres n’a eu cours postal et il s’agit de simples vignettes de propagande. Mais ces vignettes avaient un autre but : financer les activités des rebelles sud-moluquois, sous les ordres du capitaine Raymond Paul Pierre Westerling, un ancien soldat néerlandais commandant des forces spéciales responsables du massacre de dizaines de milliers de civils dans les Célèbes en 1946 et 1947... La guerre a toujours un côté sombre.
En 1951, une série de 9 timbres fut émise pour souligner l’Organisation des Nations-Unies. La série existe dentelée et non dentelée. On trouve les timbres de cette série utilisés le 29 janvier 1952 au verso de cartes postales affranchies au recto d’un timbre de l’administration postale des Nations-Unies à New York, réaffirmant l’offre de juillet 1950 et de février 1951 de fournir 2 000 soldats moluquois pour assister les forces expéditionnaires des Nations-Unies en Corée. Les timbres sud-moluquois sont oblitérés d’un cachet qui se lit, étrangement, «  Republik Maloekoe Selatan  », et qui doit donc dater de 1949 ou avant. Ce qui est étonnant, c’est que le mot «  Republik  » ne soit pas orthographié «  Repoeblik  », alors que le mot «  Maluku  » est orthographié «  Maloekoe  ».
L’enveloppe dans laquelle la délégation sud-moluquoise à New York transmettait les timbres aux collectionneurs était, quant à elle, libellée en français, langue de l’Union Postale universelle.

La même année, une autre série a été émise pour commémorer le cinquième anniversaire de la libération du Pacifique sud. Chacun des timbres montre une carte de la région et le portrait du        général Douglas MacArthur. 
 


Ces deux séries, « Nations-Unies » et « Libération du Pacifique » existent normalement dentelées 14 et non dentelées, mais au fil des années j’ai trouvé quelques exemplaires dentelés 12 ½. Pour la série des Nations-Unies, les valeurs qui existent dentelées 12 ½ sont les 10 sen, 25 sen et 1 roupie et pour la série MacArthur, les 2 ½, 5, 10, 20, 25 et 50 sen. Il semble que la variété dentelée 12 1/2 serait une production privée d'un Néerlandais. Ces deux séries existent aussi en mini-feuillets d’un timbre émis en carnets, dentelés 14 ½, considérés comme des épreuves.
En 1952, la monnaie utilisée sur les timbres sud-moluquois fut changée de « sen » à « kopeng » et de « rupiah » à « remas ». Cette même année 1952 vit l’émission de deux nouvelles séries de timbres. 
La première, montrant des papillons, comporte 6 valeurs de surface et 4 pour la poste aérienne. Ils sont de forme triangulaire inversée.
 La seconde montre des oiseaux et elle comporte 8 valeurs pour la poste de surface et 6 pour la poste aérienne.
Les timbres sont de grand format, en losange, et nul doute qu’avec leur format et leurs couleurs vives, ils durent faire grande impression chez les philatélistes nord-américains habitués aux petits timbres ternes de l’époque !
En 1953, deux nouvelles séries virent le jour : la première, de forme triangulaire, montre des       poissons tropicaux et elle se compose de 16 valeurs pour la poste de surface.
On sait que les illustrations sont tirées d’un livre intitulé «  Exotic Aquarium Fishes  » de W. T. Innes, L.H.D., publié par Innes Publishing Company de Philadelphie. On peut donc supposer que les illustrations des autres timbres produits par Stolow sont aussi tirées de livres.

La seconde montre des animaux et c’est la plus longue émise pour les Moluques du Sud. Elle comporte 26 valeurs de format rectangulaire horizontal, dont 18 pour la poste de surface et 8 inscrits « resmi » pour le courrier officiel.

Enfin une dernière série émise en 1954 montre des fleurs et elle se compose de 24 valeurs de format rectangulaire vertical. Tous les timbres de propagande émis entre 1951 et 1954 sont répertoriés dans divers catalogues spécialisés, mais ils n’ont évidemment pas leur place dans les catalogues mondiaux comme Scott Yvert Michel  ou  Stanley Gibbons. Nous connaissons au moins trois albums qui ont été édités spécialement pour eux dans les années 1960 ou 1970, notamment par les compagnies Littleton Stamp & Coin Co. inc., Kenmore Stamp Company et Mystic Stamp Company inc.
Le capitaine Westerling, qui devait prendre la tête des soldats sud-Moluquois financés par la vente de ces timbres, est décédé en 1955. Ceci aurait dû, en principe, clore les émissions de timbres pour les Moluques du Sud. Mais des petits malins ont mis en vente en 1974 au moins un timbre, le timbre officiel de 5 k. de la série « animaux » de 1953, surchargé pour commémorer le centenaire de la naissance de Sir Winston Churchill avec une nouvelle faciale de 3 R. et les mots «  Pos udara  » qui signifient poste aérienne. Deux cercles masquent l’ancienne valeur.

Cinquième période : surcharge O.P.M., 1979
L’Indonésie s’est aussi emparée par la force de la partie ouest de l’île de la Nouvelle-Guinée, appelée Irian. Pendant que les Pays-Bas menaient des discussions avec les Papous en leur promettant l'indépendance, le 15 août 1962, après une période de conflit armé intermittent avec l'Indonésie, les Néerlandais acceptèrent finalement de céder le territoire papou à l’administration intérimaire des Nations-Unies, qui la remit à l'Indonésie le 1  mai 1963. Commença alors un long et violent conflit entre l'armée indonésienne et l’Organisation pour une Papouasie libre.
Cette  dernière demanda en 1978 à la compagnie Fa. Berani Singa Cve. Pty. Ltd. de Mount Lawley, en Australie, de préparer des timbres pour publiciser son combat. Certains timbres de Papouasie ont été surchargés O.P.M., et on dit que le gouvernement en exil de la RMS, alors basé au Luxembourg, aurait choisi de supporter la cause des Papous en leur remettant des timbres de la série « Fleurs » de 1954 pour qu’ils soient surchargés.
C’est ainsi qu’en mars 1979 furent émis trois timbres des Moluques du Sud surchargés des lettres « O.P.M. » (pour «  Organisasi Papua Merdeka   » ou « Organisation pour la Papouasie libre »). Les valeurs sont 10 roupies sur 25 k, 25 roupies sur 40 k et 100 roupies sur 3 remas.
En avril 1979, 7 nouvelles valeurs furent produites allant de 5 roupies à 500 roupies pour commémorer l’année internationale de l’enfant. On y voit le logo de l’organisme «  Care  », «  International Year of the Child  1979 sur deux lignes, et enfin PAPUA MERDEKA sur deux autres lignes. Un bémol cependant : des rumeurs disent que ce serait Bruce Henderson, de l’Imperial Stamp Company en Nouvelle-Zélande, qui aurait produit ces timbres. Si c’est le cas, ils n’ont de valeur que comme curiosité.

Enfin, en 2014, on a vu apparaître sur eBay diverses séries des timbres des Moluques du Sud portant une surcharge circulaire avec les mots  Republik Indonesia Serikat.
Il en existe deux types, l'un montrant un buffle et l'autre montrant un aigle, les deux étant des emblèmes officiels de l'Indonésie. La surcharge semble être appliquée à la main. Il s'agit certainement de productions privées. D'autres surcharges au tampon de caoutchouc existent également sur divers timbres émis entre 1951 et 1954 par les Moluques du Sud.
Derrière les timbres des Moluques du Sud se cache l’histoire d’un peuple qui se bat depuis plus de 60 ans pour son indépendance.  S’il n’en restait que ces petits bouts de papier dérisoires, ce serait une bien triste conclusion.  Mais les philatélistes se chargent de maintenir bien vivants son histoire, son combat, ses rêves et ses espoirs, symbolisés par ses timbres-poste.  On ne le dira jamais assez, il faut aller au-delà de l’image et scruter l’histoire derrière chaque timbre-poste.
Ce n’est qu’ainsi qu’ils prennent toute leur valeur.

Bibliographie :

Anonyme : Officiële postzegelcatalogus Indonesië, 39 édition, Hillegom, Uitgeverij Zonnebloem BV, 1997, p 136.
Anonyme,  Speciaalcatalogue en handboek van de postzegels van Republik Indonesië en Irian ere Barat, 1 édition, Amsterdam, Uitgave van Verbond van Postzegelhandelaren in Nederland, 1975, pp. 122 – 128.
Anonyme,   Republic of South Moluccas Illustrated Historical Album,  Littleton, Littleton Stamp & Coin Co. Inc., n.d. (2 éditions différentes, dont une en 1972),13 p.
Anonyme,   Republic of South Moluccas. Illustrated Historical Album, Camden, Mystic Stamp Company inc. (vers 1970?).
Anonyme,   South Moluccas Illustrated Historical Album, Camden, Kenmore Stamp Company, 1972, 13 p.
Blatter, Gil (dir.),  Catalogue officiel net de Belgique,  Bruxelles, La Chambre professionnelle belge des négociants en timbres-poste, 1995, p. 581.
Cullum, J. W. et Henderson, Bruce R., Catalogue of the Stamps of the South Moluccas, Auckland, The New Zealand Philatelic Traders’ Society in association with The BHC Oceanic Group Publishing Division, 1975, 17 p.
Mizuhara, Meiso,  Japanese Stamp Specialized Catalog, Tokyo, Japan Philatelic Publications inc.,1992, pp. 703-705
Phillips, Ralph, South Moluccas (Indonesia) Local Stamp Catalogue, Jerusalem, Philips Stamps Catalogues, 2013, 11 p.
Ramkena, Henk et Leo B. Vosse, Catalogue Vienna & Philadelphia Printings and Sub Areas of the Republic of Indonesia,  4 édition, Heiloo, Dai Nippon, 2003, 290 p.
Vosse, Leo B.,  Catalogue of the Postage Stamps of the Netherlands East Indies Under Japanese Occupation 1942-1945,   2 édition, Heiloo, Dai Nippon, 2001, 270 p.
Waëlauruw, Marcus M., Republik Maluku Selatan Filatelie – Numismatiek 1949-1954, Amsterdam ?, par l’auteur, 2006, 50 p.



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