vendredi 15 mars 2019

Enlever la rouille des timbres - La rouille fongique


Lorsqu’ils sont stockés ou expédiés dans des endroits où le taux d’humidité est élevé les timbres "rouillent". Cette rouille, qui se matérialise par des tâches brunâtres qui apparaissent à sa surface, est provoquée par un champignon  qui n’a rien à voir avec celle du fer. Ces champignons sont extrêmement contagieux.
Les timbres-poste expédiés pour emploi dans les colonies à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, étaient fréquemment soumis à des conditions climatiques favorables au développement de la rouille. Si vous récupérez un vieil album avec des traces de rouille sur les pages, récupérez les timbres que vous pouvez, mettez-les en quarantaine pour voir s’ils sont atteints... et jetez l’album !
Ci-dessous : Penicillium sp, genres affectionnant les livres et autres papiers
La cellulose est un composé organique produit par les végétaux, par conséquent il existe des hétérotrophes capables de digérer ce polymère. Les ruminants ne sont que les plus macroscopiques mais ce ne sont pas les plus dangereux pour les papiers. Les nuisibles au patrimoine  philatélique sont les bactéries et les champignons cellulosiques.
Ces espèces microscopiques se développent sur tous support cellulosique, se multipliant en consommant la cellulose de leur environnement proche.

Si les timbres sont neufs (avec gomme)... il faut renoncer à garder la gomme...
S’ils sont oblitérés, le traitement est très efficace et (presque) sans danger pour les timbres. Certaines encres à l’aniline ne le supportent pas toujours. Il faut donc faire un essai préalable sur un timbre similaire mais sans valeur (dent manquante ou déchiré par exemple).
Voilà la recette.
C’est la formule employée par Lindner pour les produits qu’il commercialise fort cher !
Solution A : solution à 3% de permanganate de potassium
Solution B : solution à 3% d’acide citrique A commander chez votre pharmacien le plus proche... c’est le moins cher et le plus fiable. De plus, il vous fournira ça avec des compte-gouttes. Prévoir le double de solution B, car elle "s’use" plus vite...
Il faut opérer sur les timbres 1 par 1, en surveillant attentivement...
Mettre le timbre à traiter dans une petite soucoupe à fond plat le recouvrir avec la première solution au compte-gouttes le laisser tremper 1 à 2 minutes, pas plus, en le retournant de temps en temps, pour s’assurer qu’il n’y a pas de bulles d’air qui l’empêchent d’agir par endroit : pas de panique, il va devenir violet, et les traces de rouille noires !! le sortir de la solution A (basique) et le transférer dans un petit récipient contenant de la solution B (acide) en quantité suffisante pour pouvoir l’y agiter commodément... le laisser tremper en l’agitant un peu dans la solution B pour environ 5 à 10 minutes... jusqu’à ce qu’il ait entièrement repris sa couleur d’origine... la rouille s’en va toute seule... une fois que le timbre est nettoyé, le rincer abondamment à l’eau claire et courante, pour éliminer tout l’acide citrique (c’est là que la gomme disparaît s’il y en avait...).
Ce procédé n’acidifie pas le timbre, car les deux solutions se neutralisent l’une l’autre... et n’abîme pas la structure des fibres du papier, contrairement à l’eau de javel... De plus, il nettoie aussi les timbres de traces et de saletés accumulées, comme les marques faites par la gomme infiltrée...Si un premier traitement est insuffisant, on peut recommencer... Il vaut toujours mieux faire deux traitements brefs qu’essayer de prolonger le traitement... Le papier risquerait d’être brûlé...

Pour en savoir plus sur la rouille et d’autres moyens d’éradication, lire aussi l’article : Philatélie physico-chimique - II - La cellulose, constituant du papier.

jeudi 14 mars 2019

Poste privée Espagne - Suisse

Depuis août 2014, un accord a été conclu entre Correos et Asendia Spain concernant l'échange de cartes postales". En d'autres termes, des cartes postales portant un autocollant dit " prépayé" de la Poste et se retrouvant dans une boîte aux lettres de Correos - et vice-versa - sont transportées. La porte-parole des médias en Suisse a souligné que cet échange fonctionnait bien.
Ici : Autocollant Swiss Post-Prepaid de 2017: l'office du tourisme Suisse fait la promotion d'un site de parcours de golfe.

vendredi 8 mars 2019

The Autralasian New Hebrides Company Limited


Je découvre ce timbre dans un lot ;  son aspect m’interpelle immédiatement, pas de gomme, pas de tampon, pas de dents (percé en ligne).
Après quelques recherches, j’ai trouvé une réponse.
La création de la Compagnie Calédonienne des Nouvelles-Hébrides en 1892 avait pour objectif explicite d’établir un contrôle français dans les Nouvelles-Hébrides. En 1887, des missionnaires, alarmés, persuadèrent les gouvernements de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud de subventionner les services de transports maritimes à destination et en provenance des Nouvelles-Hébrides et de l’Australie.
Cela a été suivi en 1889 par l’émergence de la compagnie australasienne des Nouvelles-Hébrides. Celle-ci, en plus de mener une bataille commerciale, a activement encouragé les colons australiens des Nouvelles-Hébrides.
La société australasienne des Nouvelles-Hébrides a pris la responsabilité du traitement des courriers de la NSW Postal Agency et, en 1897.  Elle a décidé de faire payer le courrier pour la livraison des lettres entre les îles, ainsi que vers et depuis Vila, les Nouvelles-Hébrides et Sydney. Le gouvernement de NSW s'est opposé à cette dernière car la société avait déjà reçu une subvention pour la distribution de courrier entre Vila et Sydney. Deux timbres imprimés à cet effet ont été émis le 17 mars 1897. Ils ont été lithographiés par la John Sands and Co. de Sydney, sur du lourd papier vergé et non filigrané, puis roulés. 8½.
Il y avait 2 valeurs, le magenta 1d avec le centre noir et le 2d rouge-marron avec le centre bleu.
La compagnie échoua bientôt et Burns Philp & Co. reprit ses actifs, y compris le reste des timbres, le 30 septembre 1897. Le 1er septembre 1900, l'utilisation de la population locale était également expressément interdite et les restes étaient vendus par adjudication à 1913. Ces sections locales étaient véritablement habilitées à pré-affranchir, mais il y a peu de timbres seul usagés annulés avant août 1897. Le timbre 1d était le tarif à la lettre par demi-once et le timbre 2d était le taux d'enregistrement. Aucune couverture commerciale n'est connue et des copies datées après le 30 septembre 1897 sont susceptibles d'être utilisées de manière philatélique.
Voici un exemplaire usagé du timbre 1d portant le cachet de la poste et portant la mention PORT VILA POST / NEW / 27 SEP 97 / HEBRIDES / ANH CO LD.
Les Nouvelles-Hébrides depuis 1980 sont maintenant connues sous le nom de République de Vanuatu.

P.Santy

mardi 22 janvier 2019

VIET NAM – « DEH SEDANG »



Encore un timbres qui m’a demandé des recherches, mais l’histoire en vaut la peine.
Ce timbre provenait du royaume des Sedangs (une des 53 ethnies minoritaires du Viêt Nam), royaume éphémère fondé en 1888 par l’aventurier français Marie-Charles de Mayrena (Auguste-Jean-Baptiste-Marie-Charles David), en Indochine française, dans l’arrière-pays de l'Annam.


Créateur de ce royaume, ce Bob Morane en herbe, s'installa à 150 kilomètres au sud de Hué et se proclama, sans fioriture, Marie Ier, roi des Sedangs.
Comment cela se produisit ?
Eh bien, M. de Mayrena, ancien soldat de Cochinchine (sud du Vietnam actuel) en 1863-1867, débarqua en 1888 à
Qui Nhon, située au sud de l'Annam.
Ayant été chargé d'explorer les hauts plateaux occidentaux de la région et d'y contacter les missionnaires français en position à l'époque, il devait également inciter les autochtones à choisir la baguette française plutôt que le schnaps allemand, apporté par d'autres missionnaires.
Parmi les indigènes, se trouvaient une tribu : les fameux Sedangs !
Ayant son idée en tête, de Mayrena adopta une attitude pour le moins ambigüe : convaincre les Sedangs qu'avec ses quelques hommes, il voulait les protéger de la colonisation française mais, dans le même temps, assurer les missionnaires et le gouverneur français que son charisme permettra d'amadouer suffisamment les Sedangs avant de les "confier" à la France.
Bercé d'ambition, il se proclama le roi des Sedangs, se faisant désormais appeler par ses sujets Marie 1er.
Comme un véritable souverain, il créa son propre blason, battit la monnaie de son royaume et émit des timbres, libellés "Deh Sedang, une série en lithographie à Shangaï et une autre l'année suivante en 1889 à Paris.
Malgré leur qualité assez faible (surtout pour la première série), les timbres du royaume de Sedang allaient s'arracher à prix élevé, passant par les mains de diplomates, d'administrations postales et de philatélistes européens.
Il passe commande à un tailleur de Hanoï de 1 000 costumes pour les soldats de son armée. Il nomme Premier ministre un de ses compagnons du nom de Mercural qui reçoit le titre de marquis de Henonï.  
Démasqué par l'explorateur Pavie, Marie Ier se retira d'abord à Hong Kong, où il joua au souverain, écrivant à son "cousin" le président de la République française. Venu en Belgique, il conféra le titre de duc et de "Séphyr" à un financier qu'il dupa. Il fut marié plusieurs fois.
Il finit par mourir sans gloire à Singapour.
Jamais reconnu par la France (et pour cause !), ce royaume s'éteignit avec son fondateur.

Quel est l'intérêt de ces timbres ?

Hé bien, notamment ceux de 1888 sont rarissimes (rappelons que le royaume de Sedang ne dura que 2 ans ! et de plus, les philatélistes ayant acquis des timbres de ce pays les détruiront, avec la fin du royaume).
Par ailleurs, les timbres oblitérés le sont par complaisance, certains étant même porteurs d'une marque parisienne !
Quelques lettres furent affranchies avec ces timbres...
Finalement, c'est dingue, cette histoire des Sedangs, non ?

J’en ai trouvés en vente sur eBay entre 5 et 15 $ suivant leurs états, et une série complète des 7 valeurs de cette émission  s'est vendue, le 10 avril dernier, un peu plus de 220 euros.